Turn a new leaf.
Mme Sabine Hernas-Lamothe, Secours populaire
Comment vendre au mieux les donations et legs immobiliers ? Mme Sabine Hernas-Lamothe, directrice générale adjointe et membre du Comité national du Secours populaire français, nous livre ses conseils, trucs et astuces pratiques.
Que représente l’immobilier dans les donations et legs faits à votre association ?

La part d’immobilier est en augmentation constante depuis deux ans et représente environ un tiers de ce que nous recevons, hors assurance vie. Les maisons et appartements constituent des biens spécifiques nécessitant une importante charge de travail jusqu’à leur vente, sans commune mesure avec les autres biens d’une succession. La vente d’un bien immobilier est en terme de complexité à l’exact opposé d’un legs d’assurance vie qui est le plus facile à gérer. C’est un métier qui ne s’improvise pas et c’est pourquoi nous mandatons des professionnels.

Vous arrive-t-il de conserver certains legs et donations immobiliers ?

Association reconnue d’utilité publique, nous n’avons pas vocation à gérer de l’immobilier et à posséder ou acquérir d’autres immeubles que ceux nécessaires à notre mission. Nous mettons systématiquement en vente les donations et legs pour financer nos projets et déployer partout sur le terrain des actions de solidarité.

Quelle est la procédure de mise en vente de ces biens ?

Nous procédons en premier lieu à une évaluation par les services fiscaux, en l’occurrence France Domaine, que le Secours populaire français tient à respecter. Cette évaluation est complétée par celles de deux ou trois agences locales et, le cas échéant, par celle du notaire en charge de la succession. Quand nous sommes colégataires, nous nous coordonnons avec les autres associations et la famille et signons ensuite un mandat de vente, puis un avant contrat chez le notaire.

Qu’attendez-vous des partenaires immobiliers avec lesquels vous travaillez ?

Nous souhaitons un interlocuteur disponible et réactif qui comprenne bien notre singularité de « client particulier » porteur de valeurs. Nous attendons des agences immobilières un service de qualité et un conseil argumenté sur le prix estimé qui nous permettent de revenir vers France Domaine en cas d’écart important d’estimation. L’intérêt de l’agence est le même que le nôtre : vendre dans un délai raisonnable, au meilleur prix et dans de bonnes conditions. Au-delà, nous recherchons de véritables partenaires de confiance qui s’investissent et nous alertent sur nos biens jusqu’à la signature lorsqu’ils constatent, par exemple, des problèmes domestiques intérieurs ou des dégâts consécutifs à des intempéries.

Les donations et legs présentent-ils des caractéristiques communes ?

Nous pouvons aussi bien recevoir une parcelle amiantée inconstructible qu’une belle propriété dans un endroit très recherché. Cela va de la cave à l’immeuble et de la campagne la plus reculée au centre ville le plus animé ! Ces biens ont en commun de témoigner chacun de l’histoire personnelle et unique de nos testateurs que nous cherchons toujours à découvrir et comprendre. Nous investiguons parfois en profondeur (notaire, généalogiste, internet, voisinage…) et nous nous intéressons à la vie du donateur pour ne pas dénaturer l’exécution de ses volontés. Nous avons le devoir d’être à la hauteur de chaque donation et legs car aucun d’eux ne nous a été consenti par hasard. La confidentialité et le respect des volontés du donateur sont des valeurs indissociables qui régissent notre approche de la vente d’un bien immobilier.

« Vider le bien, c’est en accroître l’attractivité et surtout conserver la confidentialité de l’identité et l’histoire de notre donateur. »

Quels sont les principaux obstacles à la vente de ces biens ?

Nous recevons la plupart du temps des appartements ou maisons légués en l’état par leurs derniers occupants. Ces biens se caractérisent souvent par une absence de conformité, notamment en matière de gaz, électricité, plomberie et assainissement, et nécessitent parfois un rafraîchissement total.

Comment, concrètement, gérez-vous cet état de fait ?

Le Secours populaire français s’applique à conserver dans un état général correct le bien vidé de son contenu, laissant aux futurs acquéreurs la charge des mises aux normes. Nous veillons à ce que la transmission se déroule au mieux des intérêts du Secours populaire français conformément aux souhaits de nos donateurs.

Il est important de vider le bien ?

C’est le conseil que je donnerais aux gestionnaires de dons et legs. Un appartement vide se vend toujours mieux qu’un appartement garni des meubles, bibelots et objets de son précédent occupant dans lequel l’acquéreur potentiel sera en incapacité de se projeter. Vider le bien, c’est en accroître l’attractivité et surtout conserver la confidentialité de l’identité et l’histoire de notre donateur.

Quels autres conseils donneriez-vous ?

Il est essentiel de sécuriser le bien en termes d’eau, d’électricité et gaz, de manière à lui éviter tout dommage pendant la période de vente, notamment en hiver où il est impératif de le mettre hors gel avant l’arrivée des températures négatives. Il faut le conserver constamment en situation de pouvoir être vendu en l’état en le valorisant si possible. La sécurisation est essentielle et c’est la raison pour laquelle, j’encourage vivement le changement de serrures, dès la prise de possession du bien, afin de se prémunir d’éventuels préjudices comme sa dégradation ou la disparition d’objets.

La notion d’état général correct s’applique-t-elle aux jardins ?

Absolument ! Nous veillons à ce que le jardin, quand il y en a un, soit entretenu un minimum pour ne pas rebuter les potentiels acquéreurs. Mon conseil est de faire appel à un intervenant pour tondre la pelouse, débroussailler là où il le faut et élaguer les branches qui pourraient poser un problème de sécurité ou d’accès au bien. C’est du bon sens : un jardin « propre » est davantage vendeur qu’une forêt vierge inhospitalière. Si la végétation déborde, la municipalité ou le voisinage en fera de toute façon la demande.

Une dernière recommandation ?

Je recommande aux gestionnaires de donations et legs de se constituer un mini réseau d’intervenants et d’experts partenaires, auquel ils pourront recourir en cas de besoin, et de le partager entre nos différentes associations souvent colégataires et solidaires entre elles : entreprises, associations, centres de réinsertion par le travail, commissaires-priseurs, brocanteurs, salles des ventes…

À chacun son métier !

Le Secours populaire français

Créé en 1945, le Secours populaire soutient dans l’esprit de la déclaration universelle des droits de l’homme, au plan matériel, médical, moral et juridique, les personnes victimes de l’injustice sociale, des calamités naturelles, de la misère, de la faim, du sous-développement, des conflits armés. Reconnue d’utilité publique, l’association rassemble en son sein 82 000 bénévoles de toutes conditions, quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses, en veillant à développer avec eux la solidarité.
Dans le monde, le Secours populaire mène 150 actions d’urgence et programmes de développement dans une cinquantaine de pays en faveur de plus de 400 000 personnes. Il travaille avec des partenaires locaux, qui sont les mieux placés pour connaître les besoins des populations sur place.

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